«Dans le lit du Rhône» de Mélanie Pitteloud: un long-métrage pour voir le Valais autrement

Le Rhône en Valais a une histoire singulière. À l’heure de sa troisième correction, un film lui a été consacré: «Dans le lit du Rhône». Il a fallu plus de cinq ans de travail à Mélanie Pitteloud pour raconter son histoire. Le long-métrage, dont le Rhône est le personnage principal, est conçu comme un conte au fil de l’eau. Il crée le lien entre les différents protagonistes qui gravitent autour de lui.
«Dans le lit du Rhône» a été présenté la première fois le 23 avril au festival Visions du Réel à Nyon. Il sera diffusé dans les salles valaisannes en 2018.

La cinéaste valaisanne Mélanie Pitteloud a présenté son premier long-métrage au festival Visions du Réel, dans la sélection «Helvétiques». Son film invite le public à regarder le Valais autrement: moins vers le haut des montagnes mais davantage vers le bas, au fil du Rhône. «J’avais envie de faire de ce Rhône valaisan un personnage, le protagoniste du film. Mais à part les sons de l’eau, qu’est-ce qu’il pouvait nous dire ce fleuve? J’ai été à la rencontre de personnes qui ont une relation très particulière avec ce fleuve. Et c’est en faisant se croiser ces différents témoignages que le film a pu se construire.»

Régine Bernard (hydrobiologiste qui a parcouru le fleuve sur 80 kilomètres) ausculte son état de santé et fait découvrir une autre réalité: son témoignage permet de comprendre qu’il y a des poissons dans ce fleuve, des animaux. «C’est extrêmement important, mais en même temps on doit prendre en compte l’aménagement du territoire et les gens qui vivent autour de ce fleuve. Vis-à-vis de l’extérieur, il faut montrer qu’il y a aussi de grandes choses qui se font. Pour les Valaisans, c’est l’occasion peut-être de se réapproprier ce fleuve qu’ils méconnaissent souvent.»

Un fleuve sauvage, souvent craint, étranglé et endigué… Des archives jusqu’aux premiers travaux de la troisième correction du Rhône, ce film révèle notre histoire…

Toni Arborino, chef du projet de la troisième correction du Rhône: «On a appris l’importance de ce cours d’eau, de ce patrimoine, j’ai envie de dire de cet héritage. Quand on travaille aujourd’hui sur le cours d’eau, on droit tenir compte de cet héritage, on doit intégrer les différents points de vue divergents et réussir à mettre tout cela ensemble pour faire quelque chose de durable, d’humain, de vivant pour les générations futures.»

La cinéaste a justement su créer ce lien. Même les agriculteurs parfois en colère contre le Rhône ont accepté d’être filmés. À l’issue de cette projection, ils ne regrettent rien: «On a peut-être senti cette distance des agriculteurs envers le fleuve parce que, pour nous, c’est plus un inconvénient qu’un atout, témoigne Christophe Laurenti, membre du syndicat agricole de Riddes. Après avoir vu le film, on ressent le fleuve de manière différente, on se dit qu’on vit avec, qu’il a besoin d’évoluer. On a besoin d’être en sécurité par rapport à lui et puis, je pense, qu’il fait partie de la vie des Valaisans.»

 

«J’ai essayé de faire un film qui pose des questions»

Mélanie Pitteloud, Vous avez étudié les sciences politiques puis le Cinéma au Canada. Vous avez réalisé d’autres films et été l’assistante de J. Veuve et N. Humbert. Comment vous vient l’idée de raconter le Rhône?

Je faisais mes études de cinéma, je travaillais avec des archives sur un film au fil de l’eau. Je me suis demandé ce que cela donnerait en Valais. Quand j’ai vu l’actualité sur la 3e correction du fleuve, je me suis dit qu’il y avait de quoi faire un film!

Est-ce que ce fut facile de convaincre votre productrice Gabriela Bussman?

Avant d’aller rencontrer un producteur, il y a beaucoup de travail. J’avais déjà un scénario. Je l’ai rencontrée après lui avoir envoyé le scénario. Elle a tout de suite saisi ce que j’avais envie de faire. Ce film était ambitieux. Il parle du Valais, mais aussi des cours d’eau en général et de cette volonté de dominer la nature. Beaucoup d’eau a passé entre le premier scénario et le film.

Il a fallu lier différents types de personnes dans un même film. La scénarisation a-t-elle été compliquée?

Sur le papier, cela donnait des enchaînements intéressants. Au tournage, on a été bien reçu par les protagonistes. Au montage, on s’est demandé comment on allait raconter une histoire avec tout cela.

On découvre une problématique autour des truites qui doivent être réintroduites dans le fleuve. Vous avez réalisé un film engagé?

J’ai essayé de faire un film qui pose des questions. C’est au spectateur de faire son propre avis. La voix-off qui accompagne le film a été rédigée en oblique. On voulait proposer au spectateur d’aller plus loin dans la réflexion. On est dans des enjeux de société: d’aménagement de territoire, de la sécurité… Cette première était une grande joie. Les gens m’ont dit qu’ils étaient partis avec plus de questions que de réponses.

 


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