Haute-Savoie: alors qu’ils reçoivent le soutien de leurs voisins suisses, les gilets jaunes de Margencel ne lâchent rien

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Une fois passé la frontière, que l’on soit à Genève, Chamonix ou Saint-Gingolphe: ils sont partout. Sous les pare-brise à l’avant des voitures, sur les camions, accroché ci et là sur un casque de moto ou de vélo: les gilets jaunes sont légion, et ils ne lâchent rien. En France, près de 80% de la population soutiendrait ce vaste mouvement de contestation sociale né «de la goutte d’essence qui a fait déborder le réservoir de la colère», comme ils disent.

Sur ce barrage filtrant haut-savoyard à Margencel, ce sont des centaines de personnes, de tous horizons, qui se relaient chaque jour pour occuper un rond-point sur la route de contournement de Thonon, qu’elles ont appelé le «village gaulois» en référence à une récente allocution du président Macron à propos de ces «Gaulois réfractaires aux changements». Leur seule revendication: pouvoir vivre dignement de son travail.

Selon Nadège Leyglene, surnommée la «maman du village gaulois»:

«De plus en plus de gens ont réalisé que c’était juste, qu’eux aussi avaient des soucis, que ces hausses de taxes, complètement aléatoires, injustes. Tout le monde ici est parfaitement d’accord avec ça, donc ils nous soutiennent, de façon alimentaire, la logistique du village, c’est eux… Ce sont ces petits gilets qui s’arrêtent, qui nous donnent un paquet de pâtes, des croissants, 5 euros pour acheter ce qu’il manque au village… Et du coup au fur et à mesure du temps, depuis trois semaines, ça a montré de la sympathie et vous l’entendez derrière: les klaxons, les gilets».

 

Cette sympathie affichée sur toutes les lèvres, les gilets jaunes de Margencel la partage aussi avec la police, ce qui détonne un peu avec les images des manifestations parisiennes ou des autres grandes villes de métropole ou des îles. Ici, ce sont les manifestants qui veillent à l’ordre, comme le précise Claude, un retraité du coin: «On fait tout notre possible pour empêcher que certains, qui sont vraiment remontés, aillent plus loin. On essaie de rester le plus calme possible, mais ça ne va pas pouvoir durer éternellement».

 

L’homme de 75 ans ajoute que les violences n’ont pas leur place à Margencel: «Il y en a deux ou trois qui sont partis en garde à vue, qui voulaient venir ici faire de la casse, et nous on est pas d’accord. Donc, en quelque sorte, on est en accord avec la police: ils ne nous embêtent pas, on ne les embête pas. Ils comprennent bien la situation, la seule chose qu’ils nous demandent, c’est de ne pas faire la police à leur place».

 

Postés aux abords d’une zone commerciale, les gilets jaunes de Margencel voient défiler beaucoup de Suisses venus faire leurs courses dans la région. Face à ce rassemblement pacifique, ces derniers sont plutôt solidaires du mouvement.

 

Côté français, on apprécie le soutien des voisins suisses, tout en comprenant le cliché de «ronchons» qui colle à la peau d’un peuple rompu à l’exercice de ces manifestations de rues.

Nos voisins Français se donnent la «responsabilité morale» de désobéir à des lois qu’ils considèrent comme injustes, en arborant ces fameux gilets. Ce samedi, des milliers d’entre eux défileront sur la capitale française pour faire entendre leurs voix. A Margencel, on se prépare même à passer les fêtes de fin d’année, en jaune.