Rixe de Monthey: des versions qui diffèrent. Compte-rendu des audiences

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Moins d’une année après leur premier jugement, les 11 protagonistes de la rixe de Monthey sont de retour sur le banc des accusés. C’est le ministère public qui fait appel. Il réclame de plus lourdes peines. Compte-rendu de ce procès au Tribunal cantonal.

«C’est comme s’ils avaient été acquittés»

se plaint la procureure Emmanuelle Raboud, à l’entame de ce procès en appel pour tentative de meurtre impliquant les 11 hommes de la rixe survenue à Monthey le 21 avril 2017, peu après minuit.

Dans la salle d’audience du Tribunal Cantonal, une quarantaine de personnes (prévenus, avocats, famille, amis et journalistes) écoute à nouveau le déroulement des faits de cette soirée de printemps trop arrosée.

Qu’est-ce qui s’est passé peu après minuit ce 21 avril?

11 hommes, d’origine suisse, portugaise et kosovare, alcoolisés, en soirée dans un bar du centre-ville de Monthey, sortent de l’établissement. Ils se battent et dans la confusion, hors du champ des caméras de surveillance, l’un d’eux en poignarde un autre. Le tout se termine sur des blessures.
Il y a moins d’un an, les juges de première instance ont considéré qu’il s’agissait d’une rixe, autrement dit d’une bagarre générale, qui a mal tourné. Seuls deux accusés, dont le porteur de coup de couteaux, avait écopé de peine de prison ferme, et d’une expulsion du territoire suisse de 8 ans pour l’un d’eux.

Deux version que tout oppose

Le ministère public ne fait pas souvent appel d’une décision de première instance. Pourtant cette fois-ci, la procureure ne pouvait pas accepté cette version des faits, réclamant de lourdes peines de prison ferme (5 à 7 ans) et que le reste des prévenus (à l’exception des deux précités) ont obtenu du sursis et même un acquittement pour l’un d’eux.
Car dans cette affaire, il y a deux versions radicalement opposées.
La première, celle de la procureure, qui parle d’une tentative de meurtre préméditée à 10 contre 1. Un «guet apens perpétré par une bande, une meute, un essaim», qui aurait fondu sur une victime, un paysagiste d’origine suisse de la région de Monthey, avec l’intention de lui donner la mort en lui assénant 6 à 7 coups de couteau. C’est également la version de l’avocat du paysagiste.

La seconde, celle de la défense, retient la thèse d’une bagarre générale dans laquelle tous les acteurs ont participé. «S’il est vrai que les prévenus se connaissent, ils ne forment pas pour autant une bande et ont voulu se défendre des coups portés par le paysagiste sur le plus jeune d’entre eux: le cousin du porteur de coup de couteau, en lui fracturant le nez».

«Les prévenus ne forment pas une bande, mon client (le porteur de coup de couteau ndlr) a même reçu des menaces de la part de ses soi-disant amis, preuve que ce groupe n’est pas soudé. Meute, il n’y a pas!»

avance Maître Chanlika Saxer, avocate d’un des prévenus, en prison depuis près de 3 ans.

Un procès copié-collé

Après un réquisitoire de près de trois heures, la procureure demande les mêmes peines que lors du premier procès: 5 à 7 ans de prison ferme pour tous les prévenus à l’exception du paysagiste, qui lui pourrait voir sa peine baisser car les premiers juges l’avaient condamné pour participation à une rixe et lésions corporelles simples. A noter aussi que la menace d’expulsion du territoire suisse pour une durée de 15 ans plane sur 5 des 11 condamnés, respectivement Portugais et Kosovars, bien que ces derniers n’aient que peu de lien avec leur pays d’origine. La plupart sont nés en Suisse ou arrivés dès l’âge de 2 ans.

La lecture du verdict interviendra prochainement (les juges n’ont pas encore fixé de date) et toutes les parties pourront encore porter l’affaire devant le Tribunal fédéral si ce jugement d’appel leur paraît illégitime.