Ils se mobilisent pour leurs conditions de travail et de retraite. Reportage puis débat entre Alain Métrailler, président de l’Association valaisanne des entrepreneurs et Jeanny Morard, secrétaire syndical Unia.
Seize rounds de négociations ont eu lieu et il n’y a toujours pas d’accord entre syndicats et patronats sur la nouvelle CCT du gros œuvre en Suisse. Si aucun terrain d’entente n’est trouvé, il n’y aura plus de convention collective à partir du 31 décembre prochain. Cette situation entraînerait dans son sillage une grève du secteur en 2019. Mais qu’est-ce qui empêche les deux parties de sortir de l’impasse?
C’est un dialogue de sourd que l’on observe depuis la fin d’année 2017 dans le secteur de la construction, entre d’un côté la Société Suisse des Entrepreneurs (SSE) représentante du patronat et les syndicats Unia et Syna réunis à l’occasion de ces négociations. Trois points d’achoppement sont à la base du blocage: les retraites, l’augmentation des salaires et la flexibilisation du temps de travail.
Les retraites:
Au début des négociations, la SSE demandait de repousser l’âge du départ à la retraite à 62 ans. Aujourd’hui, elle semble faire machine arrière en préservant le régime spécial dont bénéficie le secteur sur les retraites anticipées à 60 ans. Un accord sur ce point devrait sans doute être trouvé lors du prochain round de négociations.
Les salaires:
Voilà 4 ans que le secteur du gros oeuvre n’a pas connu d’augmentation générale des salaires. Les syndicats mettent en avant la perte de pouvoir d’achat subie par les salariés à cause de l’augmentation, dans le même temps, des primes d’assurances maladies (+30%) et des loyers (+6%). De son côté, la SSE propose un paquet global qui comprend une augmentation de 150 francs. Les syndicats se disent prêts à s’accommoder de cette mesure.
C’est sur un troisième point, la flexibilisation du temps de travail, que le bas blesse. Car la SSE, en contrepartie du maintien de la retraite à 60 ans et de cette augmentation globale de 150 francs, demande que les horaires de travail soient assouplies. 300 heures de travail flexibles, contre 100 heures dans l’actuelle convention. Autrement dit, le patronat entend par exemple prolonger l’horaire de travail en été et le diminuer en hiver, avec la double crainte pour les syndicats de se retrouver avec des journées de 12h en période estivale et de créer du chômage technique une fois l’hiver venu. L’enjeu principal porte donc sur ce dernier point de rupture qui témoigne de la complexité des négociations: si le patronat recule sur la flexibilité, il pourrait revenir une fois de plus sur ses concessions en matière de salaire et de retraite.
Pour rappel, cette convention nationale concerne plus de 80’000 salariés.
Le prochain round de négociations aura lieu le 9 novembre prochain. Le front syndical Unia-Syna entend bien mettre la pression afin de bousculer les positions du patronat. Trois prochaines mobilisations auront encore lieu, le 1er novembre à Berne et le 6 à Lausanne et Zurich.








